La fraternité / L’entraide

Version imprimable PDF version Partager sur Twitter Partager sur Facebook

Main dans la main

« Il n’est pas bien votre mari, Madame, il faut l’hospitaliser au plus vite » nous lâcha le radiologue. Je m’en doutais mais le coup de grâce me fut asséné quand le pneumologue des urgences crut bon de dire : « il y a un ou deux cancers et ce n’est pas opérable ! »

Un nouveau chemin commençait pour moi, le dernier ?

"Tel un glaive nous transperçant simultanément, mon épouse et moi, ces paroles nous glacèrent. Si seulement on avait pu nous dire le nom du mal qui me pénétrait ? Un tunnel s’ouvrait à nous. Saurions-nous surmonter cette épreuve ? Trente-six années de vie commune revisitées en un instant, combien de mois encore ? Il nous parut prioritaire de prier. La prière conjugale, si difficile parfois entre nous, devint le ciment de notre couple.

Je ne voulais voir personne craignant que mon visage défiguré par la maladie soit pour quiconque une souffrance et je ne voulais pas de compassion. Quel homme bien-portant a idée de la souffrance ? Leur prière m’était un réconfort, leur silence ne voudrait pas dire leur indifférence, ils le savaient bien et me respectaient dans ma solitude voulue. Mon épouse trouva du soutien dans notre équipe Notre-Dame : trente ans d’équipe avec quasiment les mêmes équipiers depuis le début, cela crée des liens et la mise en commun fut, me raconta mon épouse, un moment de fraternité comme nous n’en avions jamais connu en équipe. Reclus chez moi, je m’en réjouissais. Plus tard, je pus être opéré avec succès et suivre un traitement adapté. Deux mois de réel bonheur de couple...

Puis mon épouse contracta une leucémie. Son premier cri fut d’invectiver le ciel pour tant d’injustice ! De sa chambre stérile, nous avons continué notre prière conjugale, partagé nos souffrances…et nos espérances, médité la parole de Dieu et ouvert notre espace de vie à tant d’amis venus nous témoigner leur affection. Un sourire, une caresse, un dessin sont bien souvent les seules manières de dire à celui qui souffre combien il est toujours bien présent dans son cœur. Les équipiers n’étaient pas en reste.  Jamais je n’ai manqué une réunion tant je savais que là je trouverai le repos de mon âme. Quand la maladie se compliqua et que les soins palliatifs furent la dernière demeure terrestre de mon épouse, je me souviens avoir dit en équipe à l’attention des maris : « N’attendez-pas de ne plus pouvoir, pour dire à votre épouse : je t’aime ».

Le temps a passé. Mon épouse a rejoint sa demeure d’éternité. J’ai conservé mon attachement aux Equipes Notre-Dame car, après le décès de mon épouse, je ne voulais pas vivre une seconde rupture. Un jour, on m’a demandé d’être foyer de liaison ! J’ai accepté et je reçois au centuple."

Pour aller plus loin : Découvrir des textes du Père Caffarel !