Ascension, Douce Ascension

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...L’Ascension sonne à nos oreilles comme un moment de détachement, il est celui d’un départ vers le Père. Dieu seul comble le cœur de l’homme, c’est ce que semble nous dire Jésus : “ si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais au Père, car le Père est plus grand que moi ” (Jean 14,28). Rien à redire : Jésus homme religieux, “ religieux de Dieu ”, est aspiré par cette faim et cette soif de Celui qui est plus grand que tout. Même si nous nous consolons en pensant que c’est une preuve d’amour de vouloir le bonheur de celui qu’on aime, l’Ascension a pour nous les traits d’une séparation. Jésus l’avait annoncé : il part vers son Père, et même si c’est pour ajouter que c’est pour nous préparer une place, il s’agit bien en “ allant au Père” (Jean 14,28 ; 16,10 etc..), de “ partir ” (16,7). Jésus multiplie dans les Discours après la Cène les consignes et les encouragements dont on voit bien qu’ils s’appliquent au temps où l’Eglise devra avancer seule après l’Ascension, bien plus qu’au court laps de temps qui s’écoule entre la mort et la Résurrection. Jésus y envisage la situation des disciples qui se sentiront orphelins, qui auront besoin de la consolation intérieure du Saint Esprit, qui seront maltraités par la haine du monde etc.…De cette séparation, Jésus ne méconnaît pas la dureté, mais il la justifie par deux raisons qui doivent aider les disciples à entrer dans les vues de Dieu : elle permet à Jésus d’accomplir son humanité dans la rencontre de Dieu “ plus grand que tout ” (cf. Jean 14,28), elle lui donne ainsi le moyen d’obtenir directement du Père l’envoi de l’Esprit Saint (cf. Jean 16,7).
Pourtant cette séparation n’a rien d’un éloignement. L’effet immédiat de l’Ascension sur les disciples, le premier moment de stupeur passé, est une “ grande joie ” (Luc 24,52). C’est aussi une exacte obéissance aux consignes reçues, qui leur demandaient de rester calmement à Jérusalem... En s’éloignant sensiblement, le Christ vient réinvestir plus en profondeur la vie de ses disciples. Par l’Esprit Saint, il se prépare à les guider intérieurement, sans que rien ne soit enlevé de leur initiative et de leur responsabilité...
Nous pouvons partir de là pour comprendre notre relation actuelle avec Dieu. Rien à faire : tout commence par le détachement. Aimer le Christ, c’est partir, c’est cesser de mettre tout sur le même plan, et de faire de notre vie religieuse l’agréable fond de décor d’une existence par ailleurs bien réglée. L’appel du désert retentit toujours et ébranle les synthèses les plus perfectionnées issues d’un christianisme devenu raisonnable. “ Dieu seul ! ”, cette fière devise doit continuer de marteler le cœur des disciples et les inviter, sinon à tout quitter systématiquement, au moins à attendre le jour où cela sera possible pour de bon, et où l’on pourra fausser compagnie au fameux “ devoir d’état ” et à toute les bonnes raison de rester là.
Puisse l’Ascension nous ouvrir à un christianisme plus fort, plus lumineux, moins complexé. L’aventure chrétienne se déploie à la face du ciel !

Méditation du Père Michel Gitton, recteur de la Collègiale Saint-Quiriace, à Provins (France)